Quelles sont les indications de la photothérapie par lumière intense[6] ?
En principe, toutes les pathologies où l’on suspecte une perturbation photique du système circadien de régulation.
1. Le trouble affectif saisonnier:
C’est une affection récemment décrite et maintenant largement reconnue. Dans nos régions, elle semble concerner 5 à 15% de la population. Elle se manifeste par un état d’affaissement de l’humeur, par une dyssomnie avec une tendance à l’hypersomnie, en particulier matinale. On relève une prise de poids et une humeur maussade, voire dépressive. Cela survient dès la fin de l’été, sous nos latitudes. Le trouble cesse souvent spontanément après le mois de mars ou d’avril [20].
Sous nos latitudes, on peut prescrire, dès la fin de l’été 10 000 lux le matin, en une demi-heure, pendant 3 à 4 semaines.
2. L’insomnie:
En particulier, toutes les formes liées à des états dépressifs légers ou dans l’insomnie psychophysiologique (c’est-à-dire l’insomnie où il y a des facteurs de conditionnement et de stress - facteurs qui peuvent perturber les rythmes circadiens). On admet que la photothérapie joue un rôle de resynchronisation des différents éléments circadiens qui agissent au niveau du rythme veille-sommeil. Il est d’autre part avancé que parmi les techniques non pharmacologiques de traitement de l’insomnie psychophysiologique, la photothérapie offre un intérêt indéniable [21,22].
3. Tous les troubles circadiens du rythme veille-sommeil
Tels que les troubles endogènes, le travail à pauses variables ou les vols transméridiens.
Les patients, dont l’horloge interne entraîne des décalages chroniques par rapport aux temps sociaux, comme par exemple les sujets de la nuit, répondent particulièrement bien à des traitements périodiques par lumière le matin. Le moment du traitement doit être précisé sur des bases cliniques.
Dans le travail à pauses variables, on peut proposer d’appliquer la photothérapie dès l’arrêt des périodes de travail nocturnes, lors des congés de récupération, pour restituer plus rapidement un cycle veille-sommeil normal. On propose aussi parfois la photothérapie pendant le travail à pauses variables lui-même selon des modalités particulières pour chaque régime de travail (idéalement en fonction de la courbe de réponse de phase).
La photothérapie est également proposée pour la préparation des déplacements transméridiens. Le principe essentiel est d’anticiper la situation que rencontrera voyageur au terme de son périple. Ainsi, pour un vol vers l’ouest, on applique le traitement le soir. Pour aller vers l’est, on l’applique tôt le matin.
4. Troubles du sommeil de la personne âgée:
On constate que les personnes âgées présentent fréquemment une avance de phase du rythme circadien. Elles vont se coucher tôt et leur baisse de température s’installe plus précocement que chez les personnes jeunes. Il en résulte des réveils nocturnes prolongés et des plaintes à ce sujet, ainsi que de la fatigue diurne. Dans ce cas, la photothérapie est proposée en soirée, pour retarder l’irruption spontanée du sommeil.
5. Les dépressions cyclothymiques à variations saisonnières:
On peut dans ces cas proposer la photothérapie le matin mais à des doses généralement moindres (500 lux pendant 2 heures) que dans le trouble affectif saisonnier et toutes les autres indications.
6. Diverses maladies caractérisées par une fatigue chronique:
Certaines affections où l’on soupçonne qu’une atteinte des voies optiques soit responsable d’une partie des symptômes des patients peuvent entraîner des perturbations circadiennes souvent méconnues. Les patients expriment leurs plaintes sous forme de fatigue. Il a été montré ainsi que ce traitement pouvait améliorer les symptômes de fatigue voire les faire disparaître dans des situations telles que la sclérose en plaques ou la maladie de Parkinson.
7. Des désynchronisations organiques:
Il en va ainsi de la démence d’Alzheimer. Dans ce cas particulier, on pense que l’agrypnie (perturbation massive du cycle veille-sommeil avec inversion de jour et de nuit sont liées à des détériorations du noyau suprachiasmatique). La prescription de marqueurs de temps puissants tels que la lumière à des moments précis peut aider le patient à maintenir des cycles plus ou moins réguliers. Cependant, ici, il faut plutôt créer des ambiances lumineuses intenses que des traitements particuliers car on observe certains manques d’attention de la part des patients qui rendent ces traitements plus difficiles dans ces indications, du moins dans les cas avancés. Il faut en effet obtenir un minimum de collaboration des patients pour regarder pendant un temps suffisant la source lumineuse. Cette indication est donc encore expérimentale et ne mérite ici d’être envisagée que dans les cas où noyau suprachiasmatique possède encore une certaine potentialité.
La photothérapie offre encore un intérêt dans les post-cures de sevrage alcoolique [23] parce que l’on a remarqué que beaucoup de patients dans cette situation de rémission présentaient le plus de risques de rechute en automne et en hiver. On admet que ces rechutes peuvent être prévenues par l’application de photothérapie dès la fin de l’été, et aux doses utilisées dans les troubles affectifs saisonniers.
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